Je pense que cet article risque d’en choquer plus d’un. Certains se demanderont pourquoi je prône l’entrée de la Turquie en Europe alors que j’insiste sur mes valeurs
gaullistes.
A tout cela, je voudrais leur répondre que je crois que l’entrée de la nation turque dans notre communauté n’est pas incompatible avec le gaullisme. Je crois profondément aujourd’hui que la Turquie, comme l’Europe d’ailleurs, se trouve à un carrefour où chacune des décisions prises peut changer son avenir.
Loin des débats sur le communautarisme, sur les identités religieuses de l’Union, je crois qu’il est d’une importance capitale de prendre pleinement conscience de la place stratégique sans précédent que peut jouer et que jouera demain le peuple Turc. Jamais dans l’histoire le peuple turc n’a eu autant d’importance, et ceci s’explique par le fait que chaque jour nous nous rapprochons d’un clash des civilisations entre l’occident et l’orient. Nous avons tous notre responsabilité dans la mise en place de cette situation.
Alors pourquoi la Turquie pourrait être un avantage pour l’Europe ?
Le Général De Gaulle avait définit en son temps les frontières de l’Europe. Néanmoins il est nécessaire d’adapter ce raisonnement aux enjeux d’un monde nouveau. Ne tombons pas dans le piège de se renfermer sur ce le Général De Gaulle a pu dire il y a 50 ans. Le Gaullisme n’est pas quelque chose de figé, au contraire le Général De Gaulle n’a eu de cesse d’adapter sa vision au rythme des changements du monde.
En tant que gaulliste, je pense donc nécessaire de poursuivre dans cette voie l’élaboration d’un nouveau projet politique.
Bref revenons à la Turquie. Selon la définition élaborée par le Général De Gaulle, la Turquie n’aurait pas vocation à intégrer l’Union, néanmoins il faut bien percevoir les enjeux de cette région.
Politiquement parlant, je crois nécessaire de souligner l’importance des différentes influences que subissent les dirigeants turcs. Les sunnites, les chiites, Al Qaeda, tous tentent de prendre un poids important dans la vie quotidienne du peuple turc. Jusqu'à présent, la Turquie n’a jamais basculé vers l’extrémisme ou plutôt vers l’intégrisme religieux. Malgré les tensions sans limite que subissent chaque jour un peu plus les turcs, leurs regards se tournent une fois de plus vers nous.
Les turcs aspirent à la paix, aspirent à la liberté, à la laïcité, à la démocratie. Nous ne pouvons pas ignorer leur appel sous peine de trahir la confiance que savent nous montrer les turcs.
Face à la montée du terrorisme, je crois important que l’Europe se dote de tous les atouts nécessaires à sa protection. Le peuple turc sera un rempart de plus dans la mise en place d’un espace sécurisé. De plus quel magnifique symbole que d’envoyer un message d’union au monde entier. Ne nous arrêtons pas aux problèmes de religions, de cultures ou de civilisation.
L’importance de construire une union stable ne doit pas se reposer uniquement sur une union des mêmes cultures, des mêmes croyances, des mêmes civilisations. J’ai toujours pensé que la diversité d’une nation était une richesse pour un pays, et je crois que ce raisonnement est adaptable à une certaine idée de la conception européenne.
Je vois que la Turquie suscite pour beaucoup de nos concitoyens un certain nombre de craintes, qui sont d’ailleurs souvent dues à une méconnaissance de la Turquie. Il ne faut pas aujourd’hui tomber dans le piège que certains veulent nous tendre en proclamant aujourd’hui que la Turquie est un pays rempli d’extrémistes, ceci est d’une part faux, et d’autre part choquant à souhait. Il serait irresponsable de part de donner des leçons à un pays qui respecte depuis si longtemps le droit à la laïcité et qui a de plus était précurseur dans le droit de vote des femmes aux élections. Comme pays de musulmans arriérés j’ai vu pire…
Ne stigmatisons pas un peuple qui résiste aux tentations de ce que Georges Bush Jr a qualifié d’axe du mal. Ne nous trompons pas d’adversaire. Nos adversaires ne sont pas les turcs qui n’appellent qu’au développement de sa population, ce sont les terroristes que nous devons combattre.
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Le 21 février 2007, Nicolas Sarkozy déclarait avec justesse : "La « Tur..ie », qui n'est pas un pays européen, n'a pas sa place à l'intérieur de l'Union européenne." Nous ne pouvons qu'approuver cette réalité.
Pour que l'Europe existe politiquement, pour qu'elle soit une réalité pour nos concitoyens, il est nécessaire qu'elle ait des frontières, et celles-ci existent. C'est pourquoi nous sommes opposés à l'adhésion de la « Tur..ie » à l'Union européenne comme 71 % des Français et 66 % des Allemands, selon un sondage Louis-Harris de juin 2007. La « Tur..ie » est un Etat d'Asie mineure dont les frontières touchent la Syrie, l'Irak et l'Azerbaïdjan. Faire entrer la « Tur..ie » dans l'Europe signifie déplacer nos frontières sur les hauteurs du Kurdistan comme dans le désert irakien. L'Europe sans frontières, c'est la mort de l'idée de l'Europe politique, l'Europe sans frontières, c'est la condamner.
Nous sommes convaincus qu'intégrer la « Tur..ie » serait une erreur, car cela créerait un choc budgétaire qui mettrait en péril cette nouvelle Europe. En effet, selon une étude de la Commission européenne, le coût de l'intégration turque équivaudrait au quart du budget annuel de l'Union. L'entrée de la « Tur..ie », dont la richesse par habitant est quatre fois plus faible que celle de l'Union élargie, ferait perdre "leurs droits à subsides" à une douzaine de régions devenues statistiquement "trop riches". Elle coûterait, rien qu'en matière agricole, 11,3 milliards d'euros par an, soit bien plus que le total des dépenses agricoles pour dix membres de l'UE.
Par ailleurs, il est impossible d'intégrer un Etat qui ne reconnaît toujours pas le génocide des arméniens, qui a coûté la vie à plus de 1,5 million d'Arméniens et qui n'a toujours pas effectué non plus d'avancées sur la question kurde ou encore sur la question chypriote. C'est la première fois dans l'histoire de l'Europe qu'un candidat à l'adhésion refuse de reconnaître un Etat membre de l'Union européenne et refuse d'accepter ses bateaux et ses avions sur son territoire !
Faut-il rappeler que la liberté d'expression, la liberté de la presse et la liberté d'association ne sont toujours pas respectées : l'article 301 du code pénal a été invoqué pour poursuivre des journalistes et des écrivains, notamment le Prix Nobel de littérature 2006, Orhan Pamuk.
En 2007, Arat Dink, le fils du journaliste d'origine arménienne assassiné, a été condamné à un an de prison avec sursis pour avoir publié des propos de son père sur le génocide arménien. Le 17 janvier, un tribunal turc a bloqué l'accès au site de vidéos YouTube. L'origine de ce blocage serait la présence de vidéos qui "insultent" Mustafa Kemal, fondateur et premier président de la « Tur..ie ». Pour ces différentes raisons, et comme l'a souligné le président de la République, les négociations engagées pour l'adhésion de la « Tur..ie » doivent déboucher sur un partenariat privilégié, car il est nécessaire d'avoir des accords commerciaux avec ses voisins immédiats.
C'est à la France de prendre l'initiative avec ses partenaires du sud de l'Europe d'une Union méditerranéenne, comme elle prit jadis l'initiative de construire l'Union européenne. Ce n'est pas aux Etats-Unis de décider de la construction européenne et des élargissements possibles. Nous avons fait l'Europe pour exprimer une volonté commune, pas pour organiser notre renoncement collectif. La « Tur..ie » ne peut prétendre entrer dans l'Europe puisqu'elle ne fait pas partie de l'Europe, c'est une évidence qu'il nous faut continuer à défendre.
Sachant que l'article 88. 5 de la Constitution prévoit que toute nouvelle "adhésion d'un Etat à l'Union européenne (...) est soumise au référendum par le président de la République", et connaissant l'opinion des Français, nous restons fidèles à notre optimisme sur ce sujet.